« Casse toi Riche Con »: les 4 erreurs stratégiques de Libération

C'est peu dire que le journal de la rue Béranger a su faire parler de lui la semaine dernière en s'attaquant au symbole ultime de notre  petit monde du Luxe...Au delà des polémiques et des prises de position partisanes, voici décryptées les 4 erreurs stratégiques du désormais célèbre papier qui sonnent pour moi comme la fin de "l'ère intelligente" de ce quotidien que j'ai tant admiré.

D'abord il faut que je l'avoue, oui j'adore Libé... la force conceptuelle de ses couvs, et la fulgurance intellectuelle des éditos en faisaient  le journal de l'intelligence, de la réflexion, du questionnement (quelque soit le bord politique), mais avec l'arrivée de Nicolas Demorrand  à la tête du journal, l'intelligence a cédé le pas au Buzz: cher Nicolas voici les 4 erreurs qui vont peut-être saborder notre beau journal:

Erreur Stratégique n°1: Libération n'est pas Le Figaro!

Avec cette couv Libé a franchi la ligne rouge:  on peut être  un journal dit de gauche sans pour autant tomber dans le facile piège de la stigmatisation du riche patron de droite. Tout ce que l'on a toujours reproché au Figaro période Mougeotte avec la Sarkozye, semble se reproduire avec ce que Technikart a su très justement intitulé la "gauche Converse": le sensationnalisme décérébré est aujourd'hui de mise même dans une presse intellectuelle que l'on croyait incorruptible.

Erreur Stratégique n°2: Céder au facile Manichéisme de comptoir

Bien que le français d'en bas aime gloser à foison sur ces hommes riches de droite qui nous exploitent, il est décevant de voir que cette vérité de bistrot s'invite maintenant dans le plus intelligent de nos journaux! Faire du Mélenchon sans le panache de ce dernier  c'est contre-productif voire inquiétant pour la suite...mon cher Libé te voici pris en plein flagrant délit  de paupérisation intellectuelle.

Erreur Stratégique n°3: Buzz Kills!

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"Je ne peux que saluer une opération de marketing réussie, la preuve vous m'avez invité" et "la plainte de Bernard Arnault? Tant  mieux cela alimente le buzz" assure coup sur coup non sans un certain aplomb le baron Edouard de Rotschild (propriétaire de Libération). C'est donc à ça que ressemble le journalisme version 2012, la quête effrénée du Buzz!

Mais où sont donc passés les articles de fond, les grandes enquêtes? Ce qui a toujours été reproché à la blogosphère canal historique, sa quête incessante du buzz, son manque de fond, son absence de déontologie, etc ... (un serpent de mer entre 2007 et 2009).. le Libération version Demorrand s'en gargarise! Quelle ironie, je me souviens encore des belles leçons d'écriture que voulaient nous donner à nous blogueurs certains journalistes bien pensants: on croirait rêver.

Erreur Stratégique n°4: Dans le Luxe il faut savoir pratiquer l'art de la Sémantique!

Quand on s'attaque à l'homme le plus puissant de France et d'Europe, on a le devoir de ne surtout pas être médiocre! Las mon cher journal s'est vautré lamentablement dans la vulgarité, pire dans une injure drapée sous une parodie de paroles d'un ancien président. Libération a échoué là où on l'attendait justement, la puissance de ses mots! Le publicitaire que je suis ne peux que regretter la faiblesse du niveau de ce titre en termes de conception - rédaction:

"Casse toi Riche Con"

  • C'est vulgaire et insultant
  • C'est associer "Riche" à "Con" et par la même occasion stigmatiser et amalgamer tous les riches de France
  • C'est manquer de finesse d'esprit ! S'il y a bien un secteur où les mots ont toute leur importance, c'est le LUXE: ils se doivent d'être sélectionnés avec acuité, bichonnés..Au final, d'une opération de frappe chirurgicale, nous sommes passés à un bon vieux dézingage en règle de Panzer Divisions.
  • C'est donner un bien mauvais exemple: que dire après à de jeunes gamins proférant des injures dans les cours d'école?

A ce titre très premier degré, j'aurais nettement préféré le "casses toi povr' riche" du concepteur rédacteur François Icart; beaucoup plus ironique et fin. Bernard Arnault ne s'y est d'ailleurs pas trompé en attaquant le journal pour "injures publiques proférées à son égard"

Pour appuyer mon propos je ne peux m'empêcher de citer les paroles du journaliste du service politique de Libération Alain Auffray, "J'aurais préféré l'ironie plutôt que l'insulte..si quelqu'un a l'intention d'aller payer ses impôts ailleurs, on ne lui dit pas "casse toi!"  On lui dit: "tu restes et tu paies! On aurait pu dire la même chose de manière plus stimulante pour l'intelligence de nos lecteurs"

Morale de l'histoire, oui il est possible de critiquer les riches / puissants, il est même sain de le faire, c'est là toute la force d'une démocratie, mais il faut le faire dans les formes et avec intelligence: le Libération de Serges July et Laurent Joffrin y excellaient, la version 2012 y échoue lamentablement.

Avant, je lisais un journal, mais ça c'était avant!

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  • Marie Maudieu

    Tout à fait d’accord avec toi, Thomas. Moi aussi, j’ai aimé LIbé, et je l’ai souvent détesté. Et abandonné parfois. Je vais de nouveau m’en éloigner. Demorand était excellent sur France Inter. Mais ça c’était avant…

  • gdemenet

    Sérieusement, oser parler d’erreurs stratégiques et enfoncer de telles portes ouvertes (mais totalement assumées de la part de Libé), elle est là la vraie erreur.
    Aucun intérêt de cet article si ce n’est du total personalbranling.

  • rené dussart

    du personnalbranding à la personnalbranlette il n’y a qu’un pas que les dark (pas vraiment dark) ont franchis depuis lgtps. Mais bon il faut pas fâcher ses clients du luxe n’est ce pas messieurs ? « le publicitaire que je suis » nan mais lol mondo big lol

    • darkplanneur

      Tellement bien argumenté

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