INTERVIEW: LULU GAINSBOURG SANS SERGE…

Nous avons eu le privilège d'interviewer Lulu Gainsbourg. Et, nous nous sommes donnés comme mission de ne poser aucune question sur Serge Gainsbourg. 

Darkplanneur: From Lulu to Gainsbourg, pourquoi ce titre?

Lulu Gainsbourg: C’est mon père qui est mis en avant, pas moi… c’est son œuvre, je suis l’instrument qui revisite son œuvre.

D: Est-ce une « Emancipation ? »

LG: Oui quelque part… mais cela reste focus sur lui, c’est lui l’objet principal, Gainsbourg le père. Après, on verra…

D:Pourquoi  être parti aux USA, à l'université Berkelee (Boston) pour apprendre la musique?

LG. Les Etats-Unis, c’est comme beaucoup de gens un rêve… pour étudier là-bas, même peut-être pour y vivre… c’est un endroit où je pouvais être comme tout le monde, c’est juste pour voir ce que ça fait d’être anonyme… Mais il y avait plus de gens qui connaissaient mon père que ce que je pensais…

D: Pour votre 1ère, vous avez décidé de faire un album avec de prestigieux featurings, pourquoi?

LG:Pour moi, je ne voulais pas lui rendre hommage tout seul… je ne voulais que des gens prestigieux, ayant la même notoriété que lui… et c’est aussi pour attirer quelques regards, pour attirer des personnes, comme les jeunes, qui ne savent pas qui est Serge Gainsbourg.

D: En adoptant cette démarche à l'inverse de la norme, était -ce une envie de le confronter à des alter-ego?

LG: Non, ça n’est pas forcément un travail d’alter ego… Si tu lui rends hommage avec des featurings, autant utiliser les meilleurs… C’est son œuvre que je revisite donc ça n’est pas moi qui commande… Oui, bien sur, je suis le chef d’orchestre, le patron, mais à l’arrivée, le texte, la musique, sont déjà écrits…

D: Quelle est la singularité / patte "Lulu" avec autant de guests?

LG: « La patte, la signature Lulu Gainsbourg ?» Au niveau musique, j’ai essayé de renouveler, de changer de style et j’ai aussi fait une compo 100% moi…

D: Pour le mythique "Bonnie & Clyde" vous avez naturellement pensé à Scarlett Johansson, pourquoi elle?

LG:J’ai écouté son dernier album… j’ai été touché par sa voix, sa sensibilité plus que par son côté sexy. Et quand j’ai appris que son album était inspiré de BB et de Gainsbourg… j’ai tout fait pour l’avoir, et je l’ai eue ! rires...Mais niveau interprétation, la version de mon père est plus autoritaire que la mienne. Elle est plus douce, plus dans la tendresse…

D: Expliquez nous cette complicité, ce trio intime que vous formez avec Johnny Depp et Vanessa Paradis.

LG:Le titre avec Vanessa et Johnny Depp est spécial car c’est lui qui a produit la musique: on l'oublie souvent, mais Johnny Depp est d'abord un musicien hors pair, avant d'être un acteur de génie. Et ils forment une nouvelle famille pour moi, Johnny est un peu comme un grand-frère pour moi. Il a été le 1er avec maman à qui j'ai confié mes envies d'album, et sa réponse a été sans appel: Fonce!

D: Et Vanessa? Elle a travaillé avec votre père, maintenant vous, qu'est-ce qui a changé pour elle?

LG:Hummm..je ne sais pas..., j’ai beaucoup plus dirigé la voix de Vanessa Paradis… elle avait des habitudes avec papa, et là l'objectif c'était qu'elle se réapproprie un peu plus sa voix...je lui disais « ne chante pas comme lui, mais chante plutôt comme toi tu le sens. » Je laisse l’artiste libre car mon but ce n’est pas que ça sonne comme Gainsbourg le père mais comme l’artiste veut l’interpréter. Ce n’est pas mon père l’interprète, c’est eux. Vanessa au début n’était pas très convaincu… elle a fait un essai et elle a accepté… Le but, c’est que chaque artiste lui rende hommage mais qu’ils restent eux-mêmes.Je sais ce que je ne veux pas… maintenant, savoir ce que je veux, c’est autre chose.

D: Expliquez nous ce choix de l'illustration de la pochette de l’album 

LG:Je me suis basée sur une pastelle plutôt que sur une photo… c’était plus artistique. Je voulais que mon père soit présent… je ne sais pas si vous avez vu… sur la gauche, il y a l’ombre de son profil. En fait je découvre un peu… je me découvre…

D: Et l'expérience  du Studio: y a t-il une émotion particulière quand on enregistre dans le mythique studio ferber, là même où trône le mythique "canapé Gainsbourg"?

LG:Cela ne m’a pas fait quelque chose de particulier… je n’ai pas de souvenirs… ok, c’est le canapé de mon père mais en fait mon père est partout, où que j’aille, il est là.  Par exemple la chaine que je porte là, c’est à lui.

D:Pourquoi ces guests en particulier?

LG:  Richard Bona, c’est un tueur, Iggy Pop, Marianne Faithful, Patty Smith Ce sont tous des montres… Johnny Depp, Vanessa… c’est la première fois qu’ils sont au micro tous les deux, c’est exceptionnel. M, c’était une évidence… c’est la référence en France, grâce à sa musique, s’il y en a un qui peut traverser l’Atlantique, c’est lui.

D:Dans cet album, il existe de vrais moments pour les  'instrus', un peu comme des plages de repos, est -c elà le vrai Lulu, plus musicien qu'autre chose?

D:Totalement! Je suis plus musicien qu’interprète. Mon rôle, c’est Lulu musicien. Je me cherche encore… et là, c’est le cas, ce n’est mon œuvre. Je reste fidèle à ce que mon père a fait. Je suis musicien… mais interprète… non. J’amène une création mais ça reste les titres de mon père.

D: La Javanaise avec Richard bona est une vraie audace avec ses accents makossa, comment s'est passé la rencontre?

LG:Richard Bona c'est un génie!Quand je l’ai vu, je lui ai dit « je fais cet hommage, est-ce qu’il y a un titre que t’as envie de reprendre ? ». Il m’a dit oui, « La Javanaise ». On sent les deux cultures qui se mélangent, on le sent se fondre dans le beat, c’est ça la touche Bona, C’est un musicien hors pair.

D:Pourquoi autant d'émotion dans la "noyée"? Quelle est l'histoire de cette Chanson?

LG. La Noyée, c’est la seule qui m’a posé problème… c’est la seule reprise, et non adaptation. Dans tout l’album, je mets la musique en avant et là, c’est l’interprétation qui fait la chanson. C’est de la poésie… . Cette chanson  atteint un niveau de poésie…

D: Quelle expérience voulez-vous que l'auditeur retienne de cet album?

LG: L’expérience que l’auditeur voudra… j’espère qu’ils vont voyager, autant que j’ai voyagé. Je ne leur demande pas d’aimer, mais d’être intrigué.  C’est un hommage que je lui fais à lui, un cadeau, qu’il soit fier de lui que des gens reprennent ses titres… et je pense que c’est important de donner une idée de qui il était aux gens qui ne le connaissent pas.

D: Et la confrontation avec le public? l'exercice du Live pour vous?

LG:Il y a eu Clermont-Ferrand puis le Casino de Paris… les critiques sont toutes bonnes mais moi parfois sur scène je me rendais compte que je ne chantais pas très juste… L’exigence sans doute héritée du père… oui je suis très perfectionniste mais c’était 1h et demi de concert dédié à lui… à l’arrivée, pourquoi on fait ça, c’est pour lui. Il était là il y a 26 ans, j’étais dans le ventre de ma mère il y a 26 ans… et tout le public a repris la Javanaise… c’était très émouvant.

D: Et demain, quelle suite?

LG: Demain ? Journée OFF (rires). Après, je ne sais pas. Je suis entrain de finir le projet, la promotion… dans d’autres pays aussi… et après, je vole de mes propres ailes.Peut-être enfin Lulu avant Gainsbourg...

Nos remerciements à la Gallerie W

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