Nike est-elle la première Schyzobrand ?

Nouveau numéro de la rubrique DN@ : la sincérité digitale des marques de Nicolas Paillusseau, aujourd'hui le cas NIKEJeter son ADN avec l'eau du bain digital....

Tweeter. Buzzer. Liker. Digitaliser les touch points. Social networker. Et converser à tout prix avec sa communauté digitale. En deux mots being on... always on...

A l'ère balbutiante de la digitalisation à tout va des stratégies de communication, tant va la marque à l'e@u qu'à la fin, elle se brise. Mais peu importe pourvu qu'elle y soit... puisqu'il faut y être. 

Aujourd’hui le cas NIKE et son FUELBAND… l’arme digitale de la firme de Portland pour faire de chacun de nous des performers du quotidien.

NIKE... le sport, la victoire, le swoosh, cette virgule dynamique* qui depuis toujours incarne le mouvement, l'action, le sens du dépassement. Un goût immodéré pour l'effort individuel, quasi héroïque enraciné dans la culture d'une marque qui depuis 40 ans valorise tout autant la performance que la personnalité des athlètes qui l'incarnent. Revendiquant ainsi des valeurs d'anti-conformisme, de spontanéité, et par-dessus tout la capacité à s'extraire des carcans la marque glorifie des individus hors normes qui ont su ériger leur propres règles (Agassi, Cantona, Mac Enroe, Tiger Woods). En deux mots Nike défend une vision aspirationnelle du sport détachée depuis toujours de tout diktat et soutenue pendant longtemps par une signature emblématique : JUST DO IT. En clair "tais-toi et fais-le". Une posture un brin provoc - qui a certes évolué avec la société et les scandales (Mickael Moore, Naomi Klein)  pour aller vers plus d'épanouissement, de spontanéité (équipe de foot du Brésil / Portugal) ou de plaisir (campagne PLAY) – mais qui est toujours restée axée sur deux notions : PERFORMANCE & LIBERTE. Et pour cause, le logo même de Nike reprend ces deux idées. Sémantiquement d’abord : Nike vient de « Niké », déesse grecque de la victoire = PERFORMANCE. Et graphiquement ensuite : le swoosh, qui représente la symbolique des ailes = LIBERTE.

 Sauf que désormais finit de jouer. Les réseaux sociaux sont passés par là. Et portée par le culte de la performance individuelle, NIKE entend désormais comptabiliser nos efforts pour partager en ligne les calories perdues, les km parcourus, les marches montées, le nombre de trottoirs arpentés. Que vous marchiez, courriez, dansiez, sautiez, il faut désormais mesurer. Car tout compte.

 

"LIFE IS A SPORT, MAKE IT COUNT".

 

Voilà donc la nouvelle promesse de la marque de Portland. Une société de l'effort ou chacun peut désormais s'améliorer à la seule condition d'un reporting permanent. Comment ? Grâce à l'anneau d'énergie - presque du Tolkien dans le texte - ou en anglais le FUELBAND. Un petit bracelet de geek en silicone doté de capteurs capables de vous dire si vous êtes dans le rouge ou le vert compte tenu des objectifs quotidiens que vous vous êtes fixés. Tout ça paraît-il, grâce à un système d'accélération triaxial et à une unité de valeur étalon, "le Nikefuel". Un programme ouvert qui permettra notamment de savoir (via bluetooth ou USB) qui de vous ou de vos 300 amis Facebook est le meilleur performer du quotidien. Puisque le quotidien n'est plus que sport. 

Mais puisque les KPI sont dans la place... tout baigne. 

Sauf qu'en demandant à chacun de devenir un athlète, NIKE se tire une balle dans le swoosh et passe ainsi d'un idéal visionnaire porté par des talents hors normes (Mickael Jordan, Steve Préfontaine entre autres...) à une vision monolithique oppressante et castratrice où seule la mesure compte. Mais la mesure pour tous !

L'héroïsme des légendes est donc mort, vive le ROIsme des quidams.

Une pratique sous surveillance de toute activité physique où les métriques l'emportent sur le talent. Le rendement sur le plaisir. La quantité sur l'exception. Les mathématiques sur l'art. Car avec NIKE  à partir de maintenant, pour reprendre à peu de choses près un claim devenu célèbre... SANS METRICS LA PUISSANCE N'EST RIEN. Désormais il va donc falloir bouger plus pour gagner plus… de Nikefuel. Et uploader ses résultats par Blue Tooth ou USB sur les réseaux sociaux pour partager ses performances.

 

VIVE LE FOOTBALL LIBRE nous clamait pourtant encore il n’y a pas si longtemps cette marque qui au-delà de toute institution prônait un sport libératoire, jusqu'à aller fricoter récemment avec les cultures du surf et de la glisse (SURF / CAMPAGNE CHOSEN).

A croire qu’à force de penser comme BILL BOWERMAN, le co-fondateur de NIKE, que « si tu as un corps, tu es un athlète », l’équipementier a fini par se donner la mission divine de tous nous étalonner sur la base de sa seule valeur digitale : le fameux Nikefuel. Une vision quelque peu orwellienne du sport, qui, tout en valorisant la performance individuelle (Niké : déesse de la victoire), met de côté la liberté individuelle de chacun (le swoosh : les ailes de la déesse).

 

Pourtant dans le même temps NIKE Espagne nous dit exactement le contraire (dans sa campagne « if something is burning you up, burn it by running ») en défendant une toute autre vision d’un sport aux vertus libératoires qui permet d’effacer les tensions du quotidien…

Et si NIKE à trop vouloir innover venait d’entrer de plein pieds dans la catégorie des schyzobrand ?

Et si les sirènes d’un monde FULL DIGITAL pouvait écarter les marques les plus iconiques de ce qui a forger leur succès ?

Et s’il fallait en passer par là pour comprendre au fond ce qui construit la brand preference.

Et si les mayas en 2012… avaient en réalité tout prévu J

Nicolas PAILLUSSEAU

@ZE_BRANDSETTER

BRANDSETTER @TBWA @G2 @OGILVY & AUTHOR @HOME

PARIS · 

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A propos de l'auteur :

Directeur du Planning Stratégique de Publicis EtNous Créateur du site Darkplanneur (2005) Animateur de l'émission Le Cabinet des Curiosités
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  • http://twitter.com/vict0r Victor

    Attention, il ne faut pas raccrocher Nike+ à tout.
    Chosen ou encore Football libre sont des plateformes qui continuent de vivre selon les différents gamme Nike à savoir Nike 6.0 et Nike Football.

    Nike+ est à la base une plateforme de tracking pour coureur (attribué à la marque Nike Running). L’idée, avec le FuelBand et du Make it Count est d’étendre cette notion de tracking de donné à du multisport pour avoir une unité de mesure identique que ce soit pour du running, du basket ou du canoé kayak.
    Ca s’ancre dans une mouvance plus global qui est le Quantified Self (voir la balance Withings par exemple).

    La campagne español, outre le coté libératoiren elle, est vraiment ciblée sur les jeunes et l’envie de leur faire faire du sport. On est moins dans la performance mais dans l’accès. C’est dans la ligné de ce qui est aussi fait à l’international avec les « Running Club » et les « We Run ». Montrer qu’on peux aussi avoir du fun en courant, et que le sport ce n’est pas que pour les JO. On est vraiment dans le « If you have a body, you’re un athlete ».
    Je pense qu’on va même la voir débarquer adapté en France.

    Du coup, même si le Make It Count envahie un peu tout en ce moment, c’est vraiment car il a été lancé récemment et pour lui donner de la visibilité. Nike+ devient un peu plus transversal et parle à une génération de gens qui aiment collecter leurs données, voir leurs progressions.
    Il ne se place pas au dessus de tout comme un « Just Do It » mais en parallèle de chaque marque.

    • Nicolas Paillusseau

      Bonjour Victor,

      Je suis d’accord avec vous. Il ne s’agit pas de raccrocher NIKE+ à l’ensemble des prises de parole de la marque. Mais ici le propos est simplement de constater qu’en allant vers + de digital pour tous (contrairement à NIKE + I POD réservé aux joggers), NIKE avance sur une ligne qui s’éloigne diamétralement de son ADN : PERFORMANCE + LIBERTE. C’est l’unique propos de cette chronique. Montrer en quoi le  » tout digital » peut amener certaines marques à se « travestir » voire même à mettre de côté certaines des valeurs identitaires de la marque.

  • Anonyme

    Le style…le style…tres swooooooosh.

  • http://twitter.com/webentertainer Philippe DUPUIS

    Analyse intéressante …mais ce produit de la marque NIKE est marketé pour être un produit communautaire, et lors du lancement, il est logiquement difficile d’en extraire un égérie qui correspond aux valeurs de marque très bien exposées dans le billet. Mais le marketing de ce produit, ne remet pas nécessairement en question les valeurs de la marque. D’ailleurs, si le produit est adopté et qu’un usage se développe, Nike pourra certainement valoriser « un(e) athlète performant du quotidien » avec les valeurs de ses autres égéries mais inconnu.
    Schyzobrand je ne sais pas mais marque qui a toujours fonctionné en Top>Bottom qui bascule dans le one-to-many : ça c’est une évolution :-)

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