« Nous sommes passés des 100 jours aux 100 signes… » Guy Birenbaum

Une nouvelle interview très stratégique du passionnant et acide Guy Birenbaum (Europe 1 & France 2 à la rentrée)

Darkplanneur : "Qu’est ce que vous sentez monter comment tendance web ?

Guy Birenbaum : "Je remarque la manière dont l’épisode Trierweiler a fait pénétrer le réseau social Twitter  dans les lieux et les espaces les plus réticents. Twitter peut dire un grand merci à Valérie Trierweiler ! Il y avait eu en mai 2011, le feuilleton Dominique Strauss-Kahn qui avait fait prendre conscience aux journalistes de la force de l’outil; parce qu’ils avaient été dépossédés de l’information par ceux d'entre-eux qui étaient à l’intérieur du tribunal, lors de ses comparutions. Ils avaient alors compris que s’ils ne s'y mettaient pas, ils auraient vite des problèmes. J'en ai vu beaucoup "s'y mettre" entre le 15 mai et le 16 mai 2011... Mais là, avec Valérie Trierweiler, c'est un public élargi qui a compris que de plus en plus d'"acteurs" de la vie politique, médiatique, sociale, sportive, économique, se servent dans le monde entier, de cet outil pour communiquer. Communiquer de manière unilatérale ; sans être emmerdés par les questions, les reprises, les relances ou les remarques de journalistes… On a eu ces jours-ci l’exemple de François Fillon qui a quasiment grillé son exclusivité donnée au JDD en tweetant lui-même qu’il était candidat à la présidence de l’UMP. Cela se fait et se fera, bien sûr, avec des pertes et des profits. Autant l’opération Fillon a été plutôt réussie, autant la sortie de Valérie Trierweiler a été compliquée à gérer pour le président.  Et on a vu ces derniers jours avec la sortie de Thomas Hollande que rien n'est purgé. Bien au contraire. Cette affaire pourrait être le sparadrap du président...  Depuis d'ailleurs, plus rien n'est sorti du compte de la compagne du président. Mais le plus intéressant, c'est de comparer le "gap" considérable qu'il y a encore entre le nombre de gens qui sont vraiment sur Twitter et le bruit médiatique que peut générer un tweet raté.... En dépit de l'intérêt de ce qui se dit parfois sur ce réseau social, il va falloir garder sa/ses distance(s) et ne pas céder à l’illusion du hashtag qui guette ceux qui ne jurent plus que par Twitter."

D : "Comment expliquez-vous qu’Europe 1 ait cette ligne forte par rapport à Internet que d’autres ne lui accordent pas ?"

GB : "Nous avons encore un peu d'avance, mais peut être que le Web devrait être un élément de contenu dans toutes les émissions. Pas seulement dans une émission à part entière... Il faudrait peut-être davantage nourrir l'antenne de ce qui s'échange sur les réseaux sociaux. De manière transversale. Et continue."

D : "Que pensez-vous des débuts d’Hollande ?"

GB : "J’ai tout de  suite capté et écrit qu’il n y aurait pas d’état de grâce numérique. On a vu démarrer les premières polémiques presque beaucoup plus vite que le Fouquets : le jet du retour à Paris, les drapeaux étrangers à la Bastille, des successions de micro-polémiques sur le web… Sur le web il n'y a eu aucun délai de latence. Alors, ce n'est pas un mystère, j'ai plutôt, a priori, de la sympathie pour l’équipe qui a gagné. Pas par goût militant, mais parce que les gouvernements précédents ont beaucoup trop divisé les citoyens, clivé, "triangulé", exclu.... Tout le monde dans ce pays avait besoin de calme, de tranquillité. Hollande a dit "normal", je crois que c'était plutôt "calme" le bon terme. La plus grosse erreur de Nicolas Sarkozy restera son hystérisation quotidienne de la politique et de ses rapports aux autres. Nous avions tous besoin de sérénité. Après ne jouons pas les ravis de la crèche... Nous verrons bien ce que la suite nous réserve. Est-ce que François Hollande a les bonnes solutions ? Je n’en sais rien. Je l'espère pour le pays et surtout pour ceux qui souffrent le plus des effets des crises. En tout cas, je pense que cette fois, le mythe mediatico-politique des 100 jours a vécu : finis les 100 jours ! A l’ère de Twitter, on est passé aux 100 secondes ! Ou même aux 100 signes. C'est plutôt ça. Nous sommes passés des 100 jours aux 100 signes..."

D : "On a l’impression que le nouveau gouvernement ne provoque pas l’hystérie, pas de Nadine Morano…"

GB : "Pour le moment… J’ai bon espoir que ça vienne. Les conneries viendront naturellement, n'ayez crainte ! Je surveille d'ailleurs quelques ministres ou députés et sénateurs de la majorité, du coin de l’œil. Il n’y a aucune raison que le monopole de la bêtise appartienne à la droite. Ce gouvernement aura aussi ses "vedettes". Soyons justes patients..."

D : "Et Najat Belkacem est-elle une bonne porte parole ?"

GB : "En position de porte parole elle contrarie sa nature et je ne pense pas qu’elle puisse réussir à retenir sa parole et contrarier sa nature bien longtemps. Surtout, une fois encore, à l'heure des 140 signes et de l'instantanéité, qu’est-ce que ça signifie encore "porte parole" ? Officiellement, c'est juste un ou une préposée à la vente du vent..."

D : "A l heure de Twitter quel est le rôle d’un porte parole ?"

GB : "Je me le demande. Bien sur il y a des décisions que l'on ne peut en aucun cas expliquer en 140 signes. Mais comme beaucoup de journalistes ont pris la mauvaise habitude de ne retenir eux aussi que 140 signes, il y a une contradiction énorme entre le « Je vais vous expliquer » et la façon actuelle dont on demande aux journalistes de rendre compte des décisions complexes dans leurs rédactions. Mais ça rien à voir avec Twitter. La petite phrase existait déjà lorsque Michel Rocard était à Matignon : il faisait stabilobosser par son équipe de communication la phrase que les journalistes devaient sortir ! Faire porter le chapeau de ce comportement raccourci au numérique, c’est un peu facile. Les papiers deviennent de plus en plus courts. Les chroniques télé ou radio défilent bien plus vite. Le débit des orateurs et des chroniqueurs s'est accéléré. On dit plus de mots en moins de temps à l'oral et on dit moins de choses en moins d'espace à l'écrit. Alors Twitter colle à cette ère. Mais n'en est pas la seule cause..."

D : "Vos frustrations en 2012 ?"

GB : "La campagne électorale pour la présidentielle. Un échec personnel : ne pas avoir pu interroger les candidats sur l’antenne d’Europe 1. Ne pas avoir relayé les opinions et questions des internautes à l'antenne. Ne pas avoir confronté les candidats à leur image et à leur reflet sur les réseaux sociaux. Nous sommes passés à coté, parce que les journalistes politiques ont monopolisé la parole et le débat et que les politiques n'ont pas voulu aller au delà de ces modèles hyper classiques et routinisés d'interviews. Quand on pense que la rebellion a été incarnée par Franz Olivier Giesbert, c'est un attentat à la farce ! J'espère que c'était la dernière élection qui se passe comme ça. Il va falloir renverser la table...”

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A propos de l'auteur :

Directeur du Planning Stratégique de Publicis EtNous Créateur du site Darkplanneur (2005) Animateur de l'émission Le Cabinet des Curiosités
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