House of Cards, la série vedette de la rentrée de Canal+ n’est pas une série comme les autres, elle incarne une révolution business à Hollywood. Ne provenant pas d’un grand network, mais du géant d’internet Netflix, son mode de diffusion a renversé totalement les conventions… et pourtant Canal+ vend « House of Cards » comme une bonne vieille série à papa. Archaïsme stratégique ou protectionnisme sectoriel bien français ?

Le mode de diffusion de House of Cards aux USA est hors norme, il incarne une idée marketing simplissime :  « il faut donner le pouvoir au public« . Il porte un véritable souffle stratégique « anti-piratage », sans pour autant limiter les libertés de chacun, bien au contraire :

1. Une diffusion réservée à Internet

2. Une diffusion pensée pour une consommation multi device (tv connectée, mobile, tablette, console…)

3. Une diffusion commercialement agressive, sans abonnement, à moins de 3 dollars l’épisode 

4. Une diffusion d’un bloc de tous les épisodes, en accord avec l’appétit vorace du public pour les bonnes séries, qui ne veut plus attendre, le bon vieux épisode hebdomadaire.

5. Une Production économique pour Netflix : Malgré un casting cinéma, les productions Netflix jouissent d’un atout économique, la connaissance parfaite des désirs du public fruit d’algorithmes puissants, qui lui font économiser le tournage d’onéreux et inutiles pilotes, souvent jetés à la poubelle !

Canal+, a acheté la révolution House of Cards, et va la commercialiser comme une série « lambda », le jeudi, a coup de trois épisodes par soirée, sans possibilité de la voir sur le web, si l’on est pas abonné Canal+, moyennant une facturation par épisode.

Cette vision stratégique pathétique, semble provenir d’un autre temps, d’une époque sans Google, Facebook, Twitter, Netflix, pourtant cette époque est révolue !

Au pôle stratégique de Canal+, je vous conseille de regarder attentivement, cette présentation lumineuse de Kevin Spacey, qui annonce un Darwinisme douloureux pour tous les médias qui oublient de donner le contrôle à son audience ! 

Les citations clefs du keynote de Kevin Spacey

 « The audience wants the control, they want the freedom…If they want to binge as they’ve been doing on House of Cards and lots of other shows, then we should let them binge. I can’t tell you how many people have stopped me on the street and said, ‘Thanks, you sucked three days out of my life.' »

« Give people what they want, when they want it, in the form they want it in, at a reasonable price and they’ll more likely pay for it rather than steal it, » 

« The audience has spoken. They want stories. They’re dying for them. They’re rooting for us to give them the right thing, » he said. « And they will talk about it, binge on it, carry it with them on the bus and the hairdresser, force it on their friends, tweet, blog, Facebook, make fan pages, silly GIFs and God knows what else about it. »

12 COMMENTS

  1. Parce que Canal+ est loin d’être Netflix, surtout avec la chronologie des médias qui empêche ce dernier de s’installer chez nous et parce que son service de SVOD est sur la brèche (http://www.zdnet.fr/actualites/canal-series-arret-de-mort-pour-canalplay-infinity-39793224.htm).
    Canal+ reste une chaine comme aux US et non un service, je vois pas en quoi c’est un manque de jugeotte de la vendre comme ils ont vendu leurs séries depuis 20 ans. Ce n’est pas (encore) le modèle de Canal qui proposera, comme toutes les autres séries, la saison en VOD. Evidemment on est loin du modèle d’immédiateté et de binge-viewing de Netflix, mais House of Cards reste une série comme les autres quand on la sort du cocon Netflix (je trouve la série formidable, ce n’est pas un jugement de qualité).

      • Je parle de la chronologie des médias uniquement comme frein à l’installation de Netflix en France, pas à la diffusion de séries chez nous.

  2. N’importe quoi cet article. Canal + est une chaine télé, ce n’est pas Netflix, il aurait fallu quoi ? Qu’elle l’a diffuse simplement en VOD pour coller au modèle américain ? Ce n’est pas encore le modèle français, ça va surement venir très vite, mais pour l’instant canal + ne va pas priver ses abonnés d’une bonne série, et se priver par là-même d’un produit d’appel vendeur, pour faire moderne.

  3. Canal respecte son modèle, point. Est-il vieux ou passé ? C’est une autre histoire. Auraient-ils dû le revoir à l’aune de cette sérieux ? Pourquoi pas. Mais Canal n’est pas Netflix. Mais ils auraient pu tester d’autres choses, oui. Mais on ne change pas de modèle et de clientèle (les abonnés sont des clients) comme cela sans tout foutre par terre. Ils doivent bien se prendre la tête actuellement au marketing strat de la chaine…

  4. Article un peu vite fait quand même.
    Comment Canal pourrait-il permettre aux non-abonnés de voir la série ? Ils ne peuvent malheureusement pas remettre intégralement en question et à plat leur modèle pour cette série. L’idée de passer les épisodes par batch de 3 est déjà intéressante, ils sont sur le bon chemin.
    Attention au Français (on va dire que c’est une faute de frappe) : une époque n’est que très rarement « résolue », en revanche, elle est définitivement « révolue » et ça, je suis d’accord avec DP.

    • 3 épisodes en une soirée n’a rien de nouveau, M6 le faisait dans ses mythiques soirées du samedi, avec XFiles, dans les années 2000

  5. Parfaitement d’accord avec l’argumentaire développé par Darkplaneur !
    il est temps que les chaînes, à plus fortes raisons les chaînes payantes, adoptent des stratégies de diffusion à même de susciter l’envie de regarder le show. Et cette envie doit passer par un nouveau modèle : catch-up, multi-devices, interactions pendant le show… tout est à réinventer. Perso je pense avoir bien eu raison de me télécharger la saison 1 pour les vacances, vu le traitement banal réservé à la diffusion sur C+

  6. « 3. Une diffusion commercialement agressive, sans abonnement, à moins de 3 dollars l’épisode  »

    Ce n’est pas le modèle, la série est proposée au sein de l’abonnement Netflix qui coute 7.99$ (ce qui est très raisonnable).
    La série sera proposée à la demande sur Canal+ à la demande, après la diffusion linéaire. Il faut avoir en tête que Netflix est producteur, ils ont claqué 100M$ dans la série et font maintenant ce qu’ils veulent avec. Canal a acheté ces droits pour un nombre de diffs et une durée limitée, c’est plus une location saisonière pour eux : rien d’étonnant à ce qu’ils essaient de faire durer un peu le phénomène et qu’ils ne balancent pas les 13 épisodes à la demande en même temps. La cible du ‘binge watching’ qui voudrait se manger la série en 2 soirée, l’a déjà de toutes façons téléchargée avant l’été

    Il n’y a rien de choquant à ce que ce soit réservé aux abonnés, c’est le métier de Canal+ que de vendre des abonnements avec du contenu de qualité. De toutes les façons, House of Cards est une excellente série mais elle n’a pas vocation à faire 6 millions de téléspectateurs en prime time sur une chaine gratuite, cela reste une niche.

    @Mickael : très drôle cette justification après coup ‘ha ben j’ai bien fait de la pirater il y a 2 mois, quand on voit ce qu’en fait canal…’. Mon grand, quand on pirate on assume, pas la peine de se cacher derrière son petit doigt

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